29 février 2008
La partie de cache-cache...
J. MUGNOS
Les Echecs Espagnols, 1943.

Les Blancs jouent et gagnent !
Voilà une position que l'on aimerait ne pas avoir à jouer avec les Blancs ! La promotion du
d2 ne peut être évitée dans l'immédiat et la
et le
sont attaqués. Une chose positive cependant ; après un échec sur la septième, le
ne pourrait prendre le
sans tolérer la
en "d7", d'où elle stopperait net le candidat à la promotion. C'est certainement la ressource que les Blancs doivent utiliser dans l'état actuel de leurs forces. Essayons !
Tout d'abord l'échec 1.
g7+, auquel les Noirs répondent 1. ...
e8 car, comme nous nous en doutions, la prise en "f8" précipite bien l'issue après
d7. Tandis que la fuite en "e6" amène au même résultat avec, au préalable,
e7+, ce qu'il fallait vérifier aussi. Utilisons à nouveau ce thème avec cet échec justement ; 2.
e7+. Les Noirs n'ont d'autre choix que de surveiller "d7" ; la contrainte demeure, ils jouent donc 2. ...
d8. Mais ici, un changement radical s'est produit dans la position. Devinez-vous lequel ?

Position après 2. ...
d8
Le
est sur une CASE NOIRE, couleur que le
domine ! Et il peut exercer cette domination sans réserve en profitant de l'alignement en diagonale du Roi adverse et de la
. Jouez pour cela le joli coup 3.
h6, sans craindre la perte matérielle puisque 3. ...
xe7 est sanctionné par
xg5+ et
xd2 - et adieu le candidat ! - mais en autorisant par contre les Noirs à pousser ce même
à promotion avec 3. ...d1=
. Et nous nous retrouvons ici dans une situation critique où l'idée blanche, qui doit être menée jusqu'à son terme, apparait clairement après 4.
xg5.

Position après 4.
xg5
Le combat s'engage donc sur un autre terrain ; la
et le
forment une batterie contre laquelle la
nouvellement promue DOIT se préserver, soit en se mettant à l'abri des découvertes, soit en attaquant l'une des deux pièces. Il suit 4. ...
b3 ; elle se cache ! En effet, la confrontation directe ne tournerait pas à son avantage ; si 4. ...
g1 5.
f6
g6 6.
f4 ! et la
n'a plus d'option efficace. Les Blancs vont maintenant harceler la fuyarde en minant une à une ses cases de repli. Commençons par dégager la 3ème rangée ; 5.c4 ! avec la menace
e3+, que la
pare, presque avec indolence, en se repliant en "b4". Voici un nouveau diagramme :

Position après 5. ...
b4
Continuons sur notre lancée et renouvelons le motif une rangée plus haut avec 6.c5 ! qui menace
e4, toujours avec échec. La
insouciante croit pouvoir jouer du même registre et se contente d'une nouvelle retraite, calquant sa marche sur celle du
; 6. ...
b5.

Position après 6. ...
b5
Ici, un nouveau traitement s'impose car le vis-à-vis
/
interdit l'automatique 7.c6, qui menacerait bien
e5+, mais laisserait surtout supposer que les Blancs peuvent tolérer 7. ...bxc6+ ! Ce qui n'est absolument pas le cas ! Non, ils vont simplement profiter du zugzwang noir avec le coup neutre 7.f4 !, qui force
a5, seule case encore viable ! Et maintenant que le vis-à-vis qui pénalisait les Blancs n'existe plus, ces derniers poussent au huitième coup leur
en "c6", avec cette fois-ci la très forte menace
e5+. La
n'a désormais plus de case qui l'abriterait d'une découverte, mais elle peut user d'un autre stratagème en rameutant son
b7, qui va la couvrir en "b5". Va-t-elle se sortir de ce bourbier ? La conclusion est sans appel ;

Position après 8. ...b5
Les Blancs matent avec
e6 ! Car le
c6 soulage la
du contrôle de la case "d7" (la
pourrait d'ailleurs jouer sur d'autres cases de la colonne "e"). Magnifique, non ? Une véritable machination !
Je me suis longuement attardé, de façon très littérale, sur cette étude, mais j'espère que j'aurai su ainsi vous faire partager la joie que j'ai ressenti à la découverte (1) de sa solution... Le problémiste argentin José Mugnos (1904-1982) s'était fait une spécialité des finales artistiques, comme celle-ci. Il participa activement, dans ce domaine, à la rédaction de la revue "Problemas". Il méritait bien, à mon sens, ce petit hommage.
(1) Source : "Les échecs spectaculaires", de Carlos Fornasari et Aldo Haïk, aux Editions Albin Michel. J'ai déja évoqué à plusieurs reprises ce livre formidable qui est pour moi une inépuisable source d'inspiration. Sauf que je me suis aperçu que j'avais repris mot pour mot le titre "Une partie de cache-cache" pour intituler mon article et que je n'arrive pas à en trouver un autre plus approprié !






































