13 juillet 2008
"Le joueur d'Echecs" de Raymond Bernard...
L'énigmatique Baron de Kempelen, ami de la grande impératrice Catherine II de Russie, est un original qui s'est crée un univers fantasque d'automates perfectionnés. Le plus connu d'entre eux, d'apparence humaine, est le "Turc" capable de jouer aux échecs admirablement et qui remporte un vif succès parmi l'aristocratie européenne. Mais Kempelen est embarrassé par son amitié pour un jeune fugitif polonais en lutte contre l'empire russe, Boleslas Vorowski, qu'il décide de dissimuler, alors qu'il est activement pourchassé, dans le corps du "Turc". Jusqu'à ce que Catherine II, humiliée par une défaite cinglante contre l'automate, ordonne que ce dernier soit passé par les armes...

Le Baron Kempelen et son "Turc"
Je vous recommande vivement ce film muet de 1926, que vous pouvez voir ici en 8 parties Dailymotion :
Le fameux automate a inspiré de nombreux auteurs, comme Edgar Allan Poe, un de mes écrivains préférés, qui analyse le modus operandi de la machine dans sa nouvelle "Le joueur d'échecs de Maelzel" et étaye l'hypothèse de la supercherie ;
“Même en accordant (ce qui ne peut pas être accordé) que les mouvements de l’Automate joueur d’échecs soient en eux-mêmes déterminés, ils seraient nécessairement interrompus et dérangés par la volonté non déterminée de son antagoniste. Il est donc tout à fait certain que les opérations de l’Automate sont réglées par l’esprit, et non par autre chose."
Nous savons combien Poe ne tenait pas notre jeu en haute estime. Il n'hésita pas à le juger de façon lapidaire dans sa célèbre nouvelle "Double assassinat dans la Rue Morgue", où il tient les échecs pour inférieur au jeu de Dames !
"Je prends donc cette occasion de proclamer que la haute puissance de réflexion est bien plus activement et plus profitablement exploitée par le modeste jeu de dames que par toute la laborieuse futilité des échecs. Dans ce dernier jeu, où les pièces sont douées de mouvements divers et bizarres, et représentent des valeurs diverses et variées, la complexité est prise - erreur fort commune - pour de la profondeur. L’attention y est puissamment mise en jeu. Si elle se relâche d’un instant, on commet une erreur, d’où il résulte une perte ou une défaite. Comme les mouvements possibles sont non-seulement variés, mais inégaux en puissance, les chances de pareilles erreurs sont très multipliées ; et dans neuf cas sur dix, c’est le joueur le plus attentif qui gagne et non pas le plus habile."
Il y a matière à polémique ! Je me rappelle que ces propos m'avaient choqué à l'époque où je les avais lus. J'étais lycéen alors et m'étais étonné qu'un esprit aussi brillant que celui de Poe puisse réduire notre jeu, et toutes ses dimensions, à cette simple comparaison... Je pense que vous serez tous d'accord avec moi !
Commentaires
Lignes d'echecs
bonjour
et ravi de lire vos lignes,
En complément sur le fameux automate et sur le film, quelques éléments sur Lignes d'Echecs, blog perso où je référence par ci par là différents textes ou illustrations en lien avec le jeu d'échecs.
Foudechecs, alias Patrice Georget de Ploermel
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